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1.4 LES PRATIQUES DES DANSES EN AFRIQUE
LE CERCLE
Les danses en Afrique, composantes majeures de la culture africaine,
reposent sur le cercle, symbole de vie à la fois spirituelle et
temporelle.
L'arc de cercle ou le cercle est la disposition spontanée que prennent
les danseurs sur la place du village ou les spectateurs autour du ou des
danseurs.
Le cercle est la plus ancienne figuration de la danse en groupe.
Dans les danses en cercle, il y a toujours abstraction de l'identité
personnelle au profit de celle du groupe.
Pour les Africains, les danses en cercle sont un moyen d'élever
les vibrations afin de se mettre au rythme de la nature.
Elles sont classifiées en trois catégories, illustrées
par trois cercles concentriques. Ce sont LE GLO, LE CAILLO, LE GLA, correspondant
chacun à un stade différent d'évolution spirituelle.
La danse véhicule la spiritualité du centre vers la périphérie
et vice versa afin de transcender les émotions et les aspirations.
LE GLO : le premier cercle, le plus large symbolise le monde.Dans ce cercle
les danses ont pour fonction l'intégration sociale. Elles sont
les danses de réjouissances. Elles traduisent le divertissement,
la convivialité, l'amusement, le défoulement, la fête.
Ce sont des danses concrètes qui font une large place à
l'improvisation.
LE CAILLO : le second cercle, il joue le rôle d'intermédiaire
entre la spiritualité pure et le terrestre. Dans ce cercle les
danses ont pour fonction la transmission. Elles traduisent la symbolique,
l'initiatique. Ce sont des danses anciennes, spéciales, techniques,
précises, codifiées qui obéissent à des règles
dictées par la tradition.
LE GLA : le troisième cercle, le plus petit, il symbolise le spirituel.
Dans ce cercle les danses ont pour fonction de permettre de faire l'expérience
suprême de l'existence humaine.Ce sont les danses de Masques, le
domaine des initiés LE GLA ne peut exister que lorsque les trois
cercles sont rassemblés.
LA REPETITION
Les danses en Afrique reposent sur la répétition.
La répétition du geste appris selon la tradition, c'est
à dire non une simple imitation du maître, non une copie,
mais une connaissance parfaite du geste, par un apprentissage, un perfectionnement,
une maîtrise, qui laisse le ou les danseurs libres à l'intérieur
de leurs techniques, d'improviser et de répondre par des gestes
admis à l'appel du cosmos selon leurs inspirations
Le danseur traditionnel africain est en perpétuel dialogue avec
le cosmos et comme tout langage il respecte les "mots ", mais
improvise, crée sa "phrase ".
La répétition est une des règles fondamentales, elle
est une loi universelle.
La nature se répète, du moins les phénomènes
naturels se répètent, l'éternel recommencement des
saisons reste l'exemple le plus instructif.
La nuit et le jour obéissent à la même règle.
L'homme, quelque soit sa culture, son instruction, ses origines est obligé
de se répéter pour vivre.
Il y a aussi répétition au niveau de l'improvisation.
En effet, dans les danses individuelles qui demandent beaucoup d'agileté
le jeune artiste, après le pas de base est contraint d'improviser.
Cette obligation devenant par la suite une habitude et un réflexe,
fait que le danseur africain ne trouve plus d'intérêt dans
les danses aux figures standardisées.
La répétition dans l'improvisation, au niveau des danses
individuelles s'avère indispensable, parce que la même danse
interprétée deux fois de suite, n'a que son pas de base
qui reste identique et par l'improvisation de nouvelles figures sont créées.
L'IMPROVISATION
Comme je l'ai déjà signifié il y a improvisation,
parce que la même danse éxécutée deux fois
de suite n'a que son thème qui reste identique.
C'est donc une liberté créatrice, c'est l'image d'une pensée
qui cherche, qui progresse et qui peu à peu, se précise.
L'improvisation développe le sens du rythme, conduit le danseur
à un meilleur équilibre entre le physique et l'intellect
et réveille chez lui un esprit d'initiative et d'invention.
En effet, la présence de plusieurs danseurs ou danseuses au cours
de fêtes, provoque une émulation qui favorise beaucoup l'improvisation.
Chacun des artistes, une fois son répertoire épuisé
et pour satisfaire aux exigences de la foule, doit inventer de nouvelles
figures.
La création spontanée de ces figures de danses au cours
d'une cérémonie quelconque astreint le danseur africain
à une gymnastique d'esprit très enrichissante.
Cette nécessité de créer dans le but, d'une part
de se dépasser et d'autre part de stocker, conduit le danseur à
la maîtrise d'une mémoire auditive et visuelle et au développement
permanent de son imagination créatrice.
Dans les danses en Afrique l'improvisation revêt d'autres significations.
Improviser :C'est soritr des sentiers battus. C'est éviter la servitude
du pas de base et des figures standardisées ou imposées.
Improviser : C'est faire preuve d'indépendance dans ses actes et
dans ses pensées. C'est faire preuve de maturité intellectuelle
et spirituelle.
C'est refuser le règlement ou plutôt comprendre que le règlement
n'est pas fait pour élever celui qui le suit à la lettre.
Improviser : C'est démonter par sa conduite que le règlement
est fait pour les assistés, les inconstants et que, bien qu'utile
pour la bonne marche d'une société, il comporte quand même
un aspect abrutissant, avilissant, aliénant.
Improviser : C'est comprendre que le règlement n'est pas fait pour
les gens intelligents, et que dans tous les domaines, les rênes
du commandement reviennent toujours à ceux qui prennent des initiatives,
malgré les règles contraignantes et asservissantes du règlement.
Improviser : Alors qu'on a la possibilité d'agir gentiment dans
la limite des règles préetablies, d'innover alors qu'il
est plus sécurisant de se contenter des acquis antérieurs
de la société, des idées des autres, de la vérité
d'autrui, prendre des risques en improvisant, surtout lors d'une présentation
en public, c'est comprendre que ceux qui contribuent à l'avancement
de l'humanité (aussi bien sur le plan matériel que spirituel),
sont des gens courageux, stables, doués d'une forte personnalité.
Ils sont difficilement influençables et profondément conscients
du fait que les grands secrets de la vie ne seront jamais dévoilés
aux soumis, aux subalternes, aux assistés, aux partisans du règlement
à la lettre.
Improviser : C'est accepter de remettre en question les idées reçues,
de poser des points d'interrogation sur tout ce qui nous touche et nous
concerne pour une meilleure compréhension de la vie.
Improviser : C'est ajouter quelque chose de plus à l'humanité,
c'est prendre part à la création qui est incessante, continue
et sans fin.
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1.5 LES ENSEIGNEMENTS EN AFRIQUE LA TRANSMISSION ORALE
Dans les sociètés traditionnelles Africaines les connaissances
se transmettent oralement.
Le culte de LA PAROLE a fait d'elle un vecteur essentiel de transmission
et de contact à travers tout le continent.
Depuis l'antiquité, les Africains se sont déplacés,
transportant avec eux leurs connaissances, leurs origines, leurs techniques,
leurs croyances, leurs traditions, leurs différents dialectes,
leur morale, les secrets de la nature et de l'univers.
Les idées voyagaient avec les peuples lors de leurs différentes
migrations.
Les GRIOTS et faiseurs de connaissance, doués d'une mémoire
extraordinaire sont les gardiens de la tradition et ses propagateurs.
Ils sont aussi devenus des négociateurs, des médiateurs,
des ambassadeurs lors des conflits. Egalement musiciens, poètes,généalogistes,
historiens, grands voyageurs, ils jouent un rôle considérable
dans la circulation des idées, ces orateurs sont le témoignage
unificateur des hommes.
AMADOU HAMPATE BA (1899-1991) Ecrivain, historien et philosophe Malien
est un de ceux qui ont contribué le plus, notament à l'UNESCO
où il fut membre du conseil exécutif de 1962 à 1970,
à faire reconnaître à travers le monde les cultures
orales Africaines.
Je cite "Les GRIOTS ? Ils sont les agents actifs de la palabre, Maîtres
du Verbe, ils ont deux langues dans leurs bouches ".
LA TRANSMISSION ORALE pour les Africains, c'est l'enseignement à
tous les degrès. Elle englobe aussi bien la morale, la philosophie,
les mathématiques, la géométrie, l'histoire, la généalogie,
les coutumes et tout ce qui s'appelle connaissances humaines au point
de vue culturel et cultuel.
Les danses font partie de cet enseignement de connaissances.
Les enseignements sont donnés par des vieilliard, grands initiateurs,
les maîtres.
Les enseignements passent par l'initiation, l'apprentissage, le perfectionnement,
la répétition, la maîtrise " une dure école
de la vie " .
Ils se décomposent en trois cycles dans la vie de l'homme.
1er cycle de 7 ans à 21 ans : Jusqu'à 7 ans l'enfant est
à l'école de sa mère. Pendant ce cycle il est censé
avoir fait le tour de toutes les initiations.
2ème cycle de 21 ans à 42 ans : L'individu renforce ses
connaissances et ainsi à 42 ans il sera " un homme fait ".Il
aura droit à la parole.
3ème cycle jusqu'à 63 ans : Devenu un homme il doit enseigner
à son tour, transmettre, restituer ce savoir dont il a bénéficié.
A partir de 63 ans l'homme est retraité, on ne peut plus rien
exiger de lui. Il se dirige vers la mort avec tout son savoir.
AMADOU HAMPATE BA je cite : Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque
qui disparaît ".
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1.6 LES RAPPORTS ENTRE LES DANSES ET LES RYTHMES EN AFRIQUE
Les danses traditionnelles en Afrique naissent de l'union intime du son
et du geste, du mouvement et de la musique comme un enfant naît
de l'union intime de l'homme et de la femme.
Sur le continent du soleil, l'enfant s'initie à la joie de la
libération de la vie par le mouvement, avant et après la
naissance.
La femme qui attend un enfant ne reste jamais inactive et passive, elle
participe activement à tout ce qui a trait à la musique,
aux chants, aux percussions et à la danse.
Elle s'efforce d'imprégner tout son être de pensées
et de distractions douces, saines, et paisibles. La future mère
se laisse pénétrer profondément des divers rythmes
de son ethnie
La prédominance de la musique dans les activités de la
femme qui attend un enfant, justifie en partie les aptitudes de beaucoup
d'Africains vis à vis de la danse et leur attirance naturelle vers
les beaux-arts.
L'enfant continue de vivre la danse dès sa naissance.
A ce stade, tout se passe au niveau du rythme qu'il entend autour de lui.
En effet, il est présent à toutes les manifestations du
village. Les fêtes ayant lieu très souvent, les rythmes se
répètent et prennent vite une place importante dans l'univers
culturel de l'enfant.
On pressent l'importance de la relation entre le rythme et la danse.
Les danses sont donc indissociables du rythme et si la présence
d'un batteur de tambour n'implique pas obligatoirement la présence
d'un danseur, par contre la mobilité de celui-ci en piste exige
celle d'un percussioniste.
Ce dialogue est inhérent à la pratique de la danse.
Le batteur jour un rôle important.
Il est le savant du son et du rythme.
Il fait bouger les corps, il suscite chez les danseurs les gestes en harmonie
avec la musique.
Il s'instaure une communication. Les deux personnages doivent, dans une
certaine mesure, vibrer au même rythme et communier spontanément
à la même source d'inspiration et de création.
Ainsi de cette communion savante les qualités du danseur se révèlent
:
- sens du rythme et de l'espace,
- grâce, légèreté et agilité,
-mémoire dans l'éxécution des figures,
-aisance dans la communication des sentiments, la coordinnation, le naturel,
la recherche permanente.
Un grand batteur est capable de faire accomplir des prodiges à
un danseur moyen, surtout dans le domaine de l'improvisation.
En Afrique, dans la pratique de certaines danses, il appartient au batteur
de suivre les pas du danseur et non l'inverse, car l'improvisation créatrice
vient du danseur seul.
L'observateur attentif notera que le tambour ne commence à émettre
son langage secret qu'après les deux ou trois premiers pas du danseur.
Un contact très intime s'établira alors entre le danseur
et lui, un véritable dialogue que seul un homme averti pourra percevoir.
Battre le tambour dans les sociètés africaines est une
spécialisation très éprouvante dont on n'acquiert
la maîtrise qu'au fil des années, à force de pratique
.Pour devenir batteur de tambour en Afrique, il faut avoir fait ses preuves.
Le tambour revêt un caractère sacré et rituel, il
est lié aux forces cosmiques.
Il y a un principe magique du tambour qui donne vie, qui est le point
de départ du mouvement, de la danse.
L'acte de battre le tambour au cours d'une cérémonie dansée
implique des responsabilités sociales, voire religieuses. Le tambour
exprimant le mieux les sentiments profonds de l'Afrique, le batteur joue
un rôle fondamental dans la vie sociale, spirituelle et mystique.
Cet art consiste à percuter des peaux, à frapper sur des
gongs, des cymbles, des grosses caisses, à agiter des grelots,
des clochettes, des calebasses, à caresser, gratter, tâter
le bois, le fer, tirer le son de la matière.
Il constitue une autre manière d'appréhender le monde sonore.
Il exige l'agilité des doigts, la souplesse des poignets, un grand
sens du rythme, une mémoire auditive, de bons réflexes et
une grande aisance dans la coordination des mouvements.
Quand on écoute un bon batteur africain, on est tout de suite
séduit par la beauté, la fraîcheur, l'originalité
des sons.
On est pris dans le dialogue ininterrompu que représente la percussion
avec la nature.
Ce langage à la fois profane et secret, soulève en nous
des forces, des énergies puissantes,nouvelles.
A travers les sonorités inouïes qu'il tire de la peau, il
chante et évoque à la fois les liens étroits qui
relient l'homme à l'univers, au cosmos, à Dieu.
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