II LES DANSES D'AFRIQUE FACE A L'OCCIDENT
2. 1 LA DECOUVERTE DE L'ART AFRICAIN
A partir du XV siècle les navigateurs Portugais explorent l'Afrique
et l'Europe et découvrent peu à peu l'art africain.
Au siècle suivant, commence l'époque des traitants. Toutes
les grandes puissances maritimes viennent avec leurs flottes marchandes
commercer avec les peuples sur la côte africaine. Ces navigateurs
arrivent accompagnés de missionnaires chrétiens qui veulent
convertir ces peuples autochtones qualifiés de barbares.
Au XIX siècle les explorateurs vont s'élancer à
la découverte de l'intérieur du continent et ses terres
inconnues.
Ils sont pour la plupart géographes. La publication de leurs relations
de voyages à leur retour en Europe va susciter le développement
d'une science nouvelle l'ethnologie, spécialisée dans l'étude
des peuples du monde entier et de leurs civilisations.
Pendant la période de colonisation, les grandes puissances européennes
vont envoyer leurs colonnes militaires, ils prétendent que les
Africains sont des primitifs. " aussi est-t'il justifié d'aller
chez eux leur enseigner
la civilisation ".
La colonisation a marqué avant tout une rupture.
La société traditionnelle en fut bouleversée sur
tous les plans.En effet dans les pays colonisés par les Français,
L'implantation de l'école française et du français
comme langue officielle perturba le mécanisme de l'enseignement
traditionnel.
Seules les écoles coraniques continuèrent à fonctionner.
Toutes les structures traditionnelles furent brisées. Les cadres
religieux devinrent suspects, les rites et les objets de culte furent
qualifiés de sataniques.
Les voies établies de transmission des connaissances et des idées
se trouvèrent obstruées. L'utilisation des tambours dits
" parlants " ou " messagers " fut formellement interdite.
La véritable rencontre de l'art africain avec l'Europe se fait
au XX siècle.
Les artistes Européens sont les premiers à reconnaître
d'une part autant de valeurs humanistes chez les artistes africains, d'autre
part la richesse, la variété, la vitalité qui rayonne
dans cet art.
Ils y trouvent une nouvelle source d'inspiration et même un style
nouveau.
Enfin l'art africain va être regardé autrement, il n'est
plus question de beauté, de laideur, mais bien d'une émotion
directe, d'une manifestation spontanée.
2. 2 LE PHENOMENE MIGRATOIRE DES DANSES D'AFRIQUE VERS L'OCCIDENT
Depuis un demi-siècle le courant Africain se dessine plus précisement
et s'insinue jusqu'à l'explosion actuelle des années 90.Ce
courant concerne autant les musiques africaines que les danses d'Afrique.
Un premier courant se fait jour avec les indépendances des années
50/60 des différents pays d'Afrique comme le GHANA, le TOGO, la
MAURITANIE, le SENEGAL, la SIERRE LEONE, la COTE D'IVOIRE, le CONGO, le
MALI, la HAUTE VOLTA, le BURKINA FASO, le NIGER, le TCHAD, la REPUBLIQUE
CENTRAFRIQUE, le ZAIRE,l'OUGANDA, le RWANDA, le BURUNDI, la GUINEE.
Les premiers ballets nationaux furent créés le plus souvent
dans les capitales ( Ballet KOTEBA, Ballet DJOLIBA, Ballet ADZIOKO, Ballet
KOKUMA Ballet Africain de GUINEE de KEITA FODEBA).
Les meilleurs danseurs et danseuses, percussionnistes issus des villages
et régions reculés furent sélectionnés.
Ils furent formés à la dure école des ballets Nationaux
et préparés à devenir de grands artistes complets.
Habitués aux cérémonies populaires, ils devinrent
par la force des choses, des professionnels aguerris qui durent adapter
leur jeu à la chorégraphie et à la mise en scène
des ballets.
Ces ballets nationaux africains de l'axe MALI BAMAKO, BURKINA BOBO DIOULASSO,
COTE D'IVOIRE BOUAKI, ABIDJAN font le tour des grandes villes en Occident
et ont beaucoup contribué à diffuser une image des danses
de l'Afrique.
On assiste à une évolution dans les pays européens,
ANGLETERRE, ALLEMAGNE, SUISSE, HOLLANDE, DANEMARK, ITALIE, AUTRICHEet
FRANCE.
L'ouverture des frontières et une politique favorable aux échanges
internationaux ont favorisé une mouvance internationale qui fut
une étape importante dans le phénomène de migration.(
aux ETATS-UNISdans les principales grandes villes à forte densité
de population noire, ATLANTA,WASHINGTON, LOS ANGELES, NEW-YORK,etc
,
auCANADA, en AUSTRALIE, et au JAPON).
Un deuxième courant que l'on peut qualifier de mouvement artistique
se propage en Europe notamment en France dans les années 70 sous
l'impulsion d'intellectuels et de travailleurs immigrés Africains,
issus des anciennes colonies francophones (GUINEE, SENEGAL, MALI, COTE
D'IVOIRE, BENIN, TOGO, BURKINA FASO), et anglophones(GHANA, NIGERIA,AFRIQUE
DU SUD).
En Allemagne, Hollande et Italie ce mouvement sera beaucoup plus diversifié
du fait du peu de colonisation de ces pays en Afrique.
Ces jeunes Africains, venus en France notamment pour travailler ou faire
des études, ont commencé à enseigner de façon
totalement informelle et improvisée, à la suite de fêtes
africaines qui ont beaucoup intéréssé les Français.
Ils ont été très vite sollicités pour donner
des cours de danses et de percussions dans les cités universitaires
et dans les facultés.
Le phénomène prenant une certaine ampleur, plusieurs artistes
se sont installés en France et ont commencé à se
faire un nom et même une renommée internationaledans les
années 80.
Ces artistes africains mettent tout en uvre :
- Pour rendre les danses de l'Afrique de la façon la plus authentique,
accessibles à un public.
- Pour créer une expression artistique représentative de
l'afrique afin de révéler au public son réel visage
et faire disparaître l'idée de pître et de bamboula.
- Pour développer un travail de recherche, un travail d'échange,
un travail d'enrichissement
- Pour attirer l'attention sur les menaces de disparité qui pèsent
sur les traditions populaires en Afrique.
- Pour impulser des cellules de recherches qui auraient pour mission la
collecte, l'archivage. Les peuples africains n'ont pas de tradition écrite
telle que l'ont les asiatiques ou les occidentaux, il n'existe pas d'ouvrage
ancien.
- Force et de constater la quasi inexistence de travaux dans le domaine
des arts et de la culture, tout reste à faire. Jusqu'ici les investigations
et les travaux sur les danses d'Afrique portent essentiellement sur l'aspect
symbolique, initiatique et spirituel. La dimension technique ou structurelle
est rarement prise en compte.
Ces artistes sont entre autre :
TIDJANI CISSE
Il a choisi d'abandonner la carrière juridique à laquelle
le destinaient ses brillants diplômes universitaires pour danser
; il dirige les Grands Ballets d'Afrique à Paris depuis 1976.
Arrivé en France de sa GUINEE natale il savait danser, il possédait
assez de matière pour composer un ballet, il savait transmettre
aux autres
Dans les ballets de CISSE le corps de tout le ballet et le corps de chaque
individu deviennent un corps univers, projeté dans le cosmos, en
étroite communion avec la vie de la faune, de la flote des étoiles,
des montagnes. Un corps infini, sans limite.
KOFFI KOKO
Béninois, initié aux rites animiste dès l'enfance,
il apprend à danser pour les ancêtres et les divinités.Sa
gestuelle générée par une tradition orale, écrit
la mémoire et la projette dans le monde contemporain.
Il travaille à New-york pendant plusieurs années avec Katherine
Dunham et Alvin Ailey, puis s'installe à Paris.
ELSA WOLLIASTON
Elle quitte son Kenya natal à 16 ans pour l'Angleterre, puis les
Etats-Unis avant de s'installer en France en 1969. Elle a été
formée aux danses rituelles par un maître-batteur Nigérien
du nom de BABATUNJ OLANTIYI. Elle suscite de la part des danseurs amateurs
qui la découvrent un enthousiasme fervent. Elle propose un travail
très intériorisé, approfondi. Elle prend de la danse
africaine l'essentiel, l'épure et le transmet.-
GERMAINE ACOGNY
Elle est née au Bénin, à dix ans elle se retrouve
à Dakar au Sénégal. En 1962 elle s'installe en France,
en 1968 elle fonde son premier studio. Son travail prend racine dans les
traditions populaires.Elle travaille pendant plusieurs années avec
Maurice Béjart et fonde l'école Mudra Afrique.
IRENE TASSEMBEDO
Elle quitte le Burkina faso pour enseigner en France.
Son approche consiste à essayer de dégager la quintessence
de ce qu'elle sait des traditions africaines et par un métissage
de faire quelque chose d'original et qui reste africain.
ALPHONSE TIEROU
Ancien élève de l'institut National des arts d'Abidjan
en Côte d'Ivoire, il quittte son pays natal pour fonder en 1979
à Nîmes l'école BLOA NAM ou il enseigne actuellement.
Il représente à l'UNESCO en 1988 la Grande danse africaine
et débute en 1993 une série de conférences à
travers le monde.
Il est vis président du collectif des enseignants de la danse africaine
et d'expression africaine en europe et reconnu danseur chorégraphe
par le Ministère Français de l'éducation Nationale,
celui de la Culture et de la Communication pour l'enseignement de la danse
à l'école.
GEORGES MONBOYE
C'est en Côte d'Ivoire, son pays natal qu'il apprend les danses
traditionnelles au sein de son village, lors des différentes cérémonie
d'initiation.
En 1992 il fonde sa propre compagnie à Paris dans le but de créer
une expression artistique représentative de l'Afrique
2.3 LES CONSEQUENCES DE L'ARRIVEE DES DANSES D'AFRIQUE
UN ENCRAGE
L'idée des danses d'Afrique est une réalité.
Le chemin parcouru est bien là.
Elles ont leurs propres histoires, leurs propres cultures, leurs propres
personnalités, leurs courants, leurs conflits, leurs rivalités.
Elles ont trouvé leurs marques d'abord en Afrique puis en Occident
et ensuite à travers le Monde.
Elles sont en train de devenir un véritable concept, bien plus
qu'un phénomène de mode,
Elles perdurent et s'incrivent dans l'histoire culturelle et artistique
des peuples, pour devenir un patrimoine mondial en plein mouvement et
en pleine évolution.
Qui aurait pu dire au début du sciècle que la rencontre
des Noirs d'Afrique et des blancs d'Europe, tous immigrés en Amérique
du Nord allait donner le " jazz " ?.
Aujourd'hui il est devenu un courant musical international majeur qui
dispose de multiples facettes.
Qui peut dire ce que deviendra demain cette grande idée de danse
africaine ?.
UNE EVOLUTION
Les danses d'Afrique connaissent un bel essor en Occident notamment en
France.
Une reconnaissance des danses d'Afrique est réelle.
Elles ont trouvé leurs personnalités propres, leurs identités,
leurs places vis à vis des autres formes d'expression artistique.
Elles se voient élever au rang qui leur est du.
Des rencontres et des échanges culturels multiples (Colloques,
festivals, concerts , rencontres chorégraphiques) sont organisés.
Des lieux de diffusion de spectacles s'impliquent dans la présentation
d'un programme unique de danses d'Afrique, qui montre la beauté,
les contradictions,l'héritage et les inventions de la créativité
africaine.
Les cours se multiplient sur le continent au fil des années.
Des milliers de personnes pratiquent (il est par contre difficile de cerner
cette évolution des chiffres).
Les lieux de pratique sont très variés, aussi bien dans
les écoles, les centres de formation, que les centres d'animation
socio-culturelle.
Il existe un monde professionnel de la danse africaine et des formations.
Un certificat d'aptitude élémentaire à l'enseignement
est crée dans les années 70.
En 1994, un collectif d'artistes et d'enseignants se met en place. La
Fédération Européenne interprofessionnelle de danse
africaine est fondée. Un diplôme d'enseignement fédéral
est instauré, ouvert non seulement aux africains enseignants en
France et en Europe mais aussi aux enseignants occidentaux.
UNE MUTATION
Au gré des mouvements et des déplacements de populations,
les danses traditionnelles africaines ont subi de nombreuses transformations
car par définition, la tradition est en perpétuel mouvement
même si les changements prennent quelquefois le temps de plusieurs
générations.
La danse d'une façon plus générale colle à
l'histoire des hommes et à leurs pérégrinations.
C'est au gré des rencontres dues aux guerres, au commerce, aux
mille et une raisons de l'histoire que les danses ont intégré
les différentes influences auxquelles elles étaient soumises.
A partir du moment où la danse est sortie du village, elle est
montée sur la scène, elle s'est mise en représentation.
Son propos est devenu une forme, une plastique avec une pluralité
esthétique. Elle s'est aussi vidée de son contenu historique
et symbolique.
Son propos a ainsi changé fondamentalement. Sortie de son contexte
la danse du village a subi une véritable mutation influencée
par les nécessités de la chorégraphie, de la mise
en scène mais aussi au gré de toutes les rencontres artistiques
et humaines.
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