III VERTUS ET BENEFICES DES DANSES
D'AFRIQUE
Différents éléments cités dans les chapitres
précédents donnent quelques pistes qui peuvent être
utilisées afin de démontrer que l'idée de danses
d'Afrique est une réalité et non plus un phénomène
de mode.
J'entends par le phénomène de mode : l'événement
à caractère exceptionnel qui reste passager suivant le goût
des personnes dans le temps, dans un milieu, dans une époque.
J'ai choisi de démontrer la permanence de cet intérêt
pour les danses d'Afrique,(les cours se multiplient ainsi que les personnes
qui pratiquent) en m'attachant aux vertus de cette discipline et aux bénéfices
qu'elles apportent aux individus à différents niveaux..
3.1 LA DANSE PERCUE PAR L'OCCIDENT
Le XX siècle a été dominé par le culte de
la danse classique.
Par contre le début du XX siècle a en revanche été
l'époque de la " révolution " dans les arts.
La recherche d'horizons différents et de sources d'inspirations
différentes était dans tous les esprits créateurs.
Il est possible que cet état d'esprit ait été inspiré
des conquêtes territoriales extra-européennes et africaines
qui ont permis de mieux connaître les cultures de ces pays.
La danse du XX siècle marque une rennaissance. L'homme veut retrouver
la nature, prendre la mesure des choses par rapport à lui.
L'évolution en Occident se fait depuis ISADORA DUCAN.
Isadora Ducan (1877-1927) est née à San Francisco. Elle
prend très tôt des cours de danse académique, seule
voie à l'époque pour devenir danseuse professionnelle et
respectable.
Elle commence très rapidement à développer ses propres
principes sur l'art de la danse.
En 1904, elle crée une école : l'école de GRUNEWALD
à Berlin.
En 1914, elle travaille à Paris.
Pendant 40 ans de sa vie, elle s'est dévouée toute entière
à sa vision de la danse du futur.Elle développe sa propre
technique : l'expression libre en retournant aux sources, le mouvement
doit jaillir de l'intérieur.
Elle essaie de partager sa philosophie de l'art de la danse avec les plus
grandes personnalités artistiques de son temps, en Allemagne,en
France et en Russie.
MARTHA GRAHAM illustre aussi un attachement à la culture afro-américaine.
Elle réintroduit l'importance des percusssions dans la danse.
Le travail chorégraphique de KATHERINE DUNHAM dans les année
1960 en France fut largement inspiré par sa formation d'anthropologue.
Les ballets de sa compagnie s'inspiraient des rituels de danses traditionnelles.
Elle utilise ce qu'elle a appris à Cuba, à Haïti,
en Jamaïque, au Brésil et aux Etats-Unis.
Elle a dû créer une nouvelle technique de danse comprenant
de multiples mouvements et usages du corps qui n'existaient pas dans la
danse occidentale.
Elle retrouve les racines de la danse dans le rythme et l'énergie
de la " pulsion ".
Un travail basé sur les appuis au sol, l'écoute du tambour.
Le danseur se retrouve habité par le mouvement.
C'est à K. DUNHAM que l'on doit l'élargissement du vocabulaire
gestuel de la danse moderne.
Dans l'ensemble le XX siècle de la danse occidentale redécouvre
les lignes de force de la danse traditionnelle africaine.
Il importe de rappeler que Blues, Jazz, Rock and Roll, Charleston, Fox-Trot,
Samba, Reggae, Salsa, Claquettes, Rumba, Disco et autres danses ou musiques
de ce siècle sont presque toutes issues de la danse africaine.
3.2 LA DANSE ET SES EFFETS MULTIPLES
L'être humain danse depuis le commencement de son histoire, à
toutes les époques et dans toutes les cultures.
Considérée comme le plus ancien de tous les arts, il faut
admettre qu'il s'agit d'une activité qui produit des effets et
un équilibre entre les différents niveaux qui constituent
l'être humain.
Elle se révèle comme un outil particulièrement indiqué
pour établir une articulation harmonieuse entre eux.
Le niveau physique est le premier à bénéficier des
effets dynamisants de la danse.
Elle fait bouger les corps. Elle engage une réelle dépense
musculaire.
Au niveau physiologique, elle entretien les articulations du coeur, la
circulation du sang, l'oxygénation et le massage des organes.
Elle a des effets stimulants et relaxants.
Au niveau social, elle s'effectue en groupe et crée des échanges
interindividuels.
Au niveau mental, elle vise autre chose qu'un simple défoulement
anarchique pour faire fonctionner la tête : apprentissage, mémorisation,
création de formes, intégration des règles, concentration,
maîtrise, contrôle...
Au niveau psychique, elle constitue pour le sujet qui danse un langage
par lequel il peut en exprimant ses émotions et ses désirs
aboutir à une création qui lui est propre.
Une fois ces critères remplis, on voit qu'elle est suceptible de
produire des effets de prévention et même de guérison
(soin des troubles psychiques et psychosomatiques).
3.3 LA DANSE ET SES FONCTIONS PLURIELLES
La danse unit ce qui est d'intérêt commun et ce qui est
d'intérêt individuel.
Elle est une discipline à caractère global.
Elle a une place prépondérante liée à un mode
de vie centré sur le corps.
Elle joue un rôle important dans l'épanouissement et le développement
de la personne(la structuration).
La danse conduit à un apprentissage de l'écoute de soi.
Elle est un support à la prise de conscience de l'image du corps
et de ses changements.
D'après Françoise DOLTO " l'image du corps s'élabore
et se structure par le contact perpétuellement renouvelé
avec le monde extérieur, elle constitue à chaque instant
une synthèse vivante de nos expériences émotionnelles,
répétitivement vécues à travers les sensations
érogènes électives archaïques ou actuelles de
notre corps ".
La danse va permettre d'oublier toutes les habitudes corporelles acquises
durant sa vie, pour retrouver le geste pur provenant des profondeurs de
sa véritable nature.
Une coordination de l'activité motrice de base ainsi qu'une ouverture,
une exploration d'une plus large panoplie gestuelle donne une possibilité
accrue d'expressivité des affects.
En effet un bien être du danseur emmerge, à travers la danse
il peut éveiller, libérer,abstraire, donner forme aux sentiments
et à la pensée.
Les mouvements étant liés à des émotions,
ils les éveillent ou les expriment et ainsi constituent un trait
d'union entre le dehors et le dedans.
La danse représente alors une activité privilégiée
de réunification harmonieuse de deux versants de l'être humain
: le corps et l'esprit, de renforcement de l'unité de soi et de
prise de conscience de ses propres limites.
Le langage corporel permet aussi de canaliser les pulsions, de réguler
les énergies motrices.
La créativité, la spontanéité, le relâchement,
l'impulsion stimulent différents comportements qui naissent et
se développent. Il se crée un processus actif de l'être
qui participe de tout son corps vers un dépassement de soi.
Une maîtrise assortie d'une confiance en soi acquise se profile
et permet à la personne de vaincre sa peur de ne pas savoir, sa
peur du jugement, sa peur du regard de l'autre.
Dolto F. " l'image inconsciente du corps "
Elle joue aussi un rôle de médiateur à la socialisation.
La danse est un moyen pour l'individu d'entrer en relation avec l'environnement
ou les autres.
Les mouvements, investis d'émotions, deviennent compréhensibles
aux autres même s'ils conservent un air de bizarrerie dans la forme.
Tout notre vêcu, toute notre histoire et celle de notre culture,
le milieu social dans lequel nous vivons déterminent la façon
de vivre notre corps.
Le plaisir de la danse libère de toutes contraintes morales, sociales
ou religieuses.
Les relations à soi même, envers l'autre et envers le groupe
sont générées.
Pratiquée en groupe la danse facilite la communication.
La danse est une source d'intégration sociale qui permet la reconnaissance
de l'autre, l'acceptation de ses différences.
La reconnaissance d'une identité se voit partagé par le
groupe.
Haut
3.4 LES PARTICULARITES DES DANSES D'AFRIQUE
Il est clair que les danses d'Afrique ne sont pas exportables sous leurs
formes originales dans les pays occidentaux.
Il est difficile de cerner les danses d'Afrique, elles recouvrent à
elles seules une pluralité de sens, une diversité de concepts
et une variété de signifiés.
De multiples appelations se sont faites jour. On ne peut pas uniformiser
tous les courants de cet art et les faire entrer dans un moule. On peut
tenter de trouver un dénominateur commun.
Pour simplifier, on peut regrouper sous le terme de danse d'expression
africaine, les danses d'Afrique transmises, enseignées, dansées
hors de leurs contextes originels.
La danse d'expression africaine présente à l'évidence
des particularités qui lui donnent d'emblée de puissants
atouts qui expliquent cette permanence de pratique.
Des effets de transformations
La danse d'expression africaine s'efforce d'offrir à l'homme la
grande réconciliation de la tête et du corps, de la pensée
et de l'instinct, par la libération du geste et l'abandon au rythme.
En d'autres termes, elle constitue une démarche qui conduit l'homme
au plus profond de lui- même, au plus profond de son être,
à la découverte de ses qualités latentes, à
l'épanouissement de sa personnalité, à la fois sur
le plan physique, intellectuel, social, thérapeutique et spirituel.
Au -delà d'un apprentissage, d'une technique, d'une danse mécanique
nombrilique c'est un état d'esprit.
C'est une danse qui nécessite un investissement véritable,
une initiation qui mène à la connaissance de soi.
Ceux qui la pratiquent, sentent des changements dans leurs corps, une
aide à leur fonctionnement et à leur équilibre.
Elle met en communication avec les éléments cosmiques.
C'est un langage immédiatement compréhensible, universel.
En se l'appropriant la personne capte son énergie puissante, sa
force, sa sève, ce flux vital qui permet de nous dépasser.
Des réponses aux attentes des participants
Elle s'adresse à un public varié : danseurs, acteurs, artistes
en général mais aussi hommes d'affaires, mères de
famille... toutes personnes engagées ou non dans une activité
professionnelle et désireuses de trouver " un loisir intelligent
".
Ces danses collectives sont dynamisantes, toujours à caractère
festif, ludique, enthousiaste, jubilatoire. Leurs succés témoignent
de la permanence du goût de la fête et du jeu.
Tout y est immédiatement abordable et réalisable.
Il n'y a pas de tension, on s'installe confortablement sur le rythme,
on joue avec les claquements de mains, on " fait comme " un
guerrier, un chef de tribu, un pêcheur.
Ces danses ont un fort pouvoir de dépaysement et d'évocation
poétique.
Ces danses, au delà du diverstissement, reflètent à
leurs manières des modes de vie, des langages sociaux.
Elles répondent à cette quête des personnes dont
la revendication est basée sur l'existence, la reconnaissance corporelle.
En effet à partir des années 1970, le corporel explose.
Il se développe un véritable souci du corps. Il devient
un phénomène majeur de société.
Ce mouvement prend ses appuis dans les années 1968 " révolution
hédoniste ", de nouveaux styles de vie se développent,
de nouveaux comportements naissent.
Le loisir prend de l'importance non seulement parce que les congés
payés sont plus longs, mais parceque dans la tête des gens,
le temps de non-travail devient le temps fort de la vie.
C'est une nouvelle philosophie qui se profile.
Le corps devient de plus en plus ludique, s'expanse dans les pratiques
d'expressions.
L'époque du physique et du corps anatomo-physiologique a fait son
temps.
On se concentre sur soi, sur ce que l'on ressent.
Le corps devient langage, un moyen de libération, une condition
nécessaire à son identité.
L'étude anthropologique des danses des sociétés traditionnelles
fait apparâitre ses vertus de guérison dans le cas de soin
par le danse thérapie.
Michel Lris, Claude Levi-Strauss et bien d'autres, de plus en plus nombreux
ont compris et montré l'intérêt du chamanisme et de
la transe pour soigner.
Les dialogues entre psychanalistes et ethnoloques amènent à
trouver de nouveaux outils qui vont contribuer à la restrusturation
et à la resocialisation des malades.
Des outils pédadogiques
Cette danse je l'ai déjà mentionnée, s'énracine
dans les couches les plus profondes de l'être.
Les traits de ces danses qui sont en même temps des outils pédagogiques,
permettent de mieux comprendre les effets bénéfiques sur
la personne.
Ils sont :
a) l'importance du groupe
b) la puissance du rythme
c) le rapport à la terre
d) la simplicité des gestes et des mouvements
e) la répétition, l'improvisation
a) Elle donne l'habitude de danser ensemble, d'échanger. Les barrières
techniques étant absentes, on peut très vite s'intégrer,
affirmer son individualité par rapport aux autres.
On peut développer le sens de la communauté, du groupe,
on apprend à aller vers autrui, et laisser l'autre venir à
soi.
b) On ne peut dissocier la danse du tambour. Il faut comprendre le rythme
pour entrer en communication avec lui. C'est lui qui donne toutes les
indications, les changements de pas. Le danseur entre dans la musique,
le musicien sent dans quel état est le danseur. Le tambour, dont
le son est si proche de la pulsation cardiaque, réactive l'élan
vital en réactualisant le bain sonore originaire, le battement
du coeur maternel perçu par le foetus.Il réveille le rythme
pulsionnel interne.
c) Dans la pratique, le début du travail du danseur consiste à
prendre le rythme dans les pieds et marcher en cadence. Donc le rythme
de la percussion est repris dans les pieds qui martèlent le sol.
Trouver cette pulsation de base, c'est faire l'expérience du plaisir
de se sentir relié à la terre, le corps s'enracine et le
mouvement prend sa forme.
d) La simplicité des mouvements, immédiatement abordables
même pour des non danseurs, permet de les capter facilement, sans
trop d'effort ni de réflexion. Le danseur peut les transformer,
les épurer, leur donner toute leur ampleur et le sens qu'il veut
et ainsi découvrir qu'il savait danser mais ne savait pas qu'il
le savait.
e) Tous les mouvements, très rythmés, sont longuement répétés
et scandés. La répétition conduit à l'ivresse,
à l'enthousiasme et même parfois à la transe. Le danseur
qui répète ses mouvements, sent croître à la
fois leur force, l'intensité de son engagement, la détente
que procure cette relaxation dynamique, et la maîtrise de son exécution,
tout ceci s'effectuant dans un espace de confort indispensable. Il est
invité à aller toujours plus loin jusqu'au bout du mouvement,
donc prendre conscience de sa vitalité. Ainsi il repousse les limites
de son corps. Ce plaisir consolide et développe le shéma
corporel, il redonne au sujet la disponibilité et la mobilité,
l'aisance et la fluidité de son corps.Il s'agit alors d'accéder
à un corps libre.Cet effet d'enthousiasme, l'improvisation, permet
au danseur d'accéder à une nouvelle dimension.
Résonance des situations archaïques
La danse d'expresssion africaine donne le moyen de revenir aux méthodes
traditionnelles à efficacité symbolique sans s'aliéner
dans des croyances.
Elle permet d'accéder à ce sentiment exaltant de se sentir
animé et fort parce que relié au cosmos, au groupe, à
l'héritage primitif,ancestral.
Elle nous relie à notre héritage génétique
et archaïque.
Le dispositif danse et rythme est un moyen de recréer les conditions
d'un vêcu sécurisant qui constitue un substrat essentiel
( la chaleur et le confort de la première relation à la
mère) .
En effet le rythme et tout particulièrement celui de la percussion
est un facteur important car il réactive l'empreinte sensorielle
archaïque de l'époque où l'enfant entendait le duo
des deux coeurs, le sien et celui de sa mère.
|